Billet d’humeur – Benzema, quand la communication prend le pas sur l’information

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Updated: décembre 3, 2015
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L’affaire Benzema. Coupable ou innocent, réintégré ou exclu, Karim Benzema est au centre des attentions depuis plusieurs jours. Pas un seul ne passe sans qu’on en apprenne un peu plus et sans qu’un élément ne sorte dans l’hémisphère publique.

Voilà la saga du moment ! La sextape de Valbuena et la mise en examen de Karim Benzema alimentent tous les débats et toutes les chaînes d’information.

Qu’on se rende bien compte… À un moment où la France bafoue ouvertement les droits de l’homme, on lit dans Le Monde les exploits de Benzema au tribunal.

À un moment où l’état d’urgence est déclaré et utilisé à des fins totalitaires, on tease sur l’interview de Benzema dans le journal de 20h sur TF1. Et Manuel Valls qui y va de son petit mot sur Europe 1…

Sérieusement, y a pas quelque chose qui cloche ?

Évidemment, dans le monde du foot, qui plus est à quelques mois de l’Euro en France, tous les spécialistes et amoureux du ballon rond se demandent si Karim Benzema doit revenir en équipe de France. Et ils ont une réelle légitimité pour en parler.

En tant que passionné de foot, j’ai évidemment moi même un avis sur le sujet. Mais ce n’est pas l’objet de ma prise de position.

Se rend-on bien compte que, quand il s’agit d’un footballeur, TOUT se sait ?

On a les écoutes rendues publiques par Europe 1, la version complète de la victime et les 47 questions et réponses de l’accusé au juge retranscrites dans Le Monde… Une transparence comme il en existe pour aucun autre sujet : l’information ne circule absolument pas de la même façon quand il s’agit de politique, d’économie ou d’affaires visant la police par exemple.

Et personne ne s’en étonne. Comme si le fait d’en savoir et d’en parler autant était normal. Comme si on voulait tout nous dire :

Indignez vous, très chers compatriotes ! Indignez vous, pendant que nos forces de l’ordre pourront tranquillement porter leur arme en dehors de leurs heures de service… Bouffons ensemble du chantage à la sextape, de l’indécence de trahir un coéquipier.

Et oui, car pendant ce temps là… Pendant ce temps là, perquisitions à foison, assignations à résidence, pointage au commissariat, interdiction de manifester, fermeture des frontières, lois sécuritaires adoptées et j’en passe. Jetez un coup d’œil ici pour vous en rendre compte…

Bon, pas la peine de développer, je n’ai ni preuves, ni informations, simplement le désagréable sentiment de revivre ces moments où le foot est au centre de l’actualité.

Quand la communication prend le pas sur l’information

Donc, tout se sait, et malgré ça, les discussions continuent et les avis divergent au prix de longs débats ou tout est répété des centaines de fois.

Sans avancer, sans chercher à comprendre, sans analyser, juste en défendant la cause à laquelle on s’intéresse.

La twittosphère est en ébullition et on veut absolument protéger celui qu’on « aime ». Comme toujours.

Souvenez vous déjà, Cantona qui assène un coup de pied à un supporter anglais. Dès le lendemain dans L’Equipe, on se demande :

Comment ne pas aimer Cantona ? Comment ne pas aimer sa différence, sa capacité à surprendre. On le croit footballeur et hop, le voilà karatéka

Tiens, mais n’était-ce pas déjà notre ami Le Graët à la tête de la Fédé ? Qui se fend alors de la plus belle des déclarations :

« Vous savez comment il est Eric hein ? A la fois talentueux et imprévisible, dangereux. Il semble toujours regretter ses débordements et je le crois sincère »

Toujours l’excuse, jamais d’explication ou de remise en question. D’ailleurs, au sujet de Benzema, qu’a-t-il déclaré jusqu’à présent ?

J’ai pour lui beaucoup d’affection. C’est un joueur énorme et un homme de grande qualité. On ne le laisse pas tomber. Je ne le condamne pas. Benzema, c’est facile comme cible. Il est condamné avant d’avoir pu discuter. A cette heure-ci, je lui fais confiance.

Mais qui parle de condamner ? Ce très cher président ne pense qu’à faire tourner sa petite boutique et à ne surtout pas salir l’image de l’équipe de France.

Comme pour Cantona, c’est l’image qui l’importe.

La fédération Française de football ne s’est donc toujours pas prononcée sur le sujet (elle doit le faire dans quelques jours, paraît-il).

Elle laisse faire, ne dit rien, n’explique rien, non sans avoir osé revendiquer par le passé (de paire avec Didier Deschamps) une exemplarité à toute épreuve des joueurs de l’équipe de France.

La récupération politique

Forcément, face à tant de mutisme, voilà comment certains hommes politiques peuvent s’engouffrer dans la brèche pour donner des leçons sur des sujets qu’il ne maîtrisent absolument pas !

Des sujets dont ils se foutent probablement royalement mais qui leur permettent de mener une campagne de communication qui pourrait bien leur faire gagner quelques points de popularité.

Ah, la popularité… On critique à tout va les réseaux sociaux, mais ne sont-ils pas à l’image des politiques, à l’image de la FFF, à l’image de nos clubs, qui ne cherchent qu’à contenter leurs partisans ou supporters et qui ne sont que dans la culture de l’excuse, sans jamais rien remettre en cause ?

Comme le souligne le sociologue Laurent Mucchieli, le réflexe a remplacé la réflexion. Je rajouterais même que la communication a remplacé l’information.

Et j’en veux pour preuve l’interview surréaliste de Benzema sur TF1, coupée de multiples fois, pré-enregistrée et diffusée en différé. On nous vend ça comme le scoop du siècle et on a droit à du néant informationnel.

Bref. Il est coutumier de dire que la vérité dérange. Sauf qu’aujourd’hui, elle ne dérange même plus. Pire, elle est presque en train de devenir insignifiante.


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